Salviac - Lot

logo du site
  • Salviac - Lot
  • Salviac - Lot
  • Salviac - Lot
  • Salviac - Lot

Accueil du site > Personnages > Emile Mompart

Emile Mompart

Emile Mompart Emile Mompart Artiste sculpteur 1898 – 1972

Le collège de Salviac porte depuis le 4 juillet 2014 le nom d’Emile Mompart. Le discours prononcé à cette occasion par Alain Faucon maire de Salviac retrace la vie de ce salviacois désormais reconnu.

« Choisir d’ouvrir les commémorations du centenaire de la guerre de 14/18 organisées par la communauté de communes par le baptême du collège de Salviac est l’occasion de faire un travail de mémoire sur le thème de la paix vers nos jeunes porteurs d’avenir ! C’est aussi rendre un hommage à nos 400 morts et à tous nos anciens qui vécurent le drame de ce conflit. En choisissant le nom du sculpteur Emile Mompart, c’est honore un « poilu », un enfant du pays, un artiste inspiré qui sut capter le sentiment général après la période douloureuse de l’après-guerre et le traduire dans une œuvre artistique.

Emile Mompart appartient à cette génération de français pour qui la guerre a représenté l’irruption de la tragédie dans le bonheur insouciant de la jeunesse. Il était né en 1898, assez tôt donc pour avoir vu sa jeunesse brutalement dépossédée de l’insouciance, lors de la déclaration de guerre et la mobilisation de son père et des hommes de son village. Il interrompra ses études pour seconder sa mère dans l’entreprise familiale. Puis sera mobilisé à son tour en 1916, il a alors 18 ans ! Incorporé dans un régiment du Génie, il connaitra la vie des tranchées et le travail de sape demandé à son unité. Il mène cette vie effrayante de rester terré et de ne sortir à l’air libre que pour se faire mitrailler en chargeant les lignes adverses. Comme tous ses camarades, il ne rêve que de sortir de cet enfer de feu, de fer et de boue. Il aspire à changer d’air, l’occasion lui en est offerte, on cherche des volontaires pour survoler les lignes ennemies à bord d’un dirigeable, il se porte volontaire. Voler au-dessus du bourbier est certainement pour lui une façon de s’évader de ce quotidien sordide. Mais son expérience aéronautique sera de courte durée, l’aéronef sera abattu par les tirs ennemis et Emile se retrouvera accroché avec son parachute à un peuplier au-dessus d’un champ de bataille sur lequel flottait l’odeur de moutarde de l’ypérite. Asphyxié par ce gaz mortel, il sera évacué au Val de Grâce pour y être soigné. Plus tard il sera dirigé aux Invalides où il fera pendant sa convalescence office de brancardier, il verra ainsi arriver ces hommes jeunes pour la plupart amputés ou défigurés, ces gueules cassées ultime affront à la jeunesse. Son handicap ne lui permet plus de remonter au front et en quelque sorte lui sauve la vie. L’armée cherche des dessinateurs pour le service des cartes, son savoir-faire est repéré, Emile va travailler au service des cartes et des maquettes de l’armée, cela lui laisse un peu de temps libre dont il va profiter pour aller à la rencontre des artistes peintres et sculpteurs parisiens : voir, échanger, confronter les techniques et certainement…les idées, comme la plupart de ses camarades qui reviendront de ce conflit, il ne pourra pas raconter les horreurs vues ou vécues pendant « sa » guerre. C’est lors de son retour dans son village de Salviac, où 70 jeunes amis et camarades ont disparus, qu’il percevra l’énorme gâchis qui défie ses valeurs humanistes… Il ne retrouve que des mères éplorées, de jeunes veuves, des fiancées veuves avant d’être épousées, des rescapés invalides, des blessés qui n’en finissent pas de mourir… Et déjà un exode qui s’organise pour fuir ce climat lourd qui s’installe, qui va dépeupler notre village et nos campagnes. Tout cela ne fera qu’amplifier son ressentiment, profondément meurtri, désespéré des autorités militaires et politiques, il maudira la guerre. C’est là, dans ce retour dans un village et un pays natal qu’il ne reconnaît plus, qu’il faut chercher l’origine de l’inspiration d’Emile Mompart ! Il intériorisera sa douleur. Quand vint le temps des monuments pour honorer tous ces « poilus », les morts et les vivants, c’est Victor son père maçon qui recevra les premières commandes mais c’est Emile le sculpteur, l’artiste, qui reprendra ses marteaux et ciseaux pour les réaliser. Il était issu d’une famille de maitres maçons et de tailleurs de pierre, bâtisseurs de maisons, de bâtiments publics, de monuments funéraires et d’églises, chez qui la tradition du compagnonnage était ancienne. (Chez les Mompart on gardait une place à table pour le compagnon de passage). Emile était doué pour la sculpture et la peinture, très jeune initié au dessin par Marthe Boyer Breton. Il avait fait des études à l’école des beaux-arts de Toulouse (qui furent interrompues par la guerre). En 1919 il tentera le prix de Rome de peinture, sélectionné pour la finale il ne peut concourir n’ayant pas les moyens de payer son inscription au concours. Il faut croire qu’il sut capter le cœur et le sentiment général des autorités et de la population de la Bouriane puisqu’il réalisera une trentaine de monuments aux morts dans le Lot et en Dordogne. A contre courant du mouvement des artistes statuaires de l’époque, il évitera la glorification outrancière de la Guerre et de la Victoire ! Il soulignera la douleur des femmes, le chagrin de la perte irrémédiable des hommes. C’est en traduisant les sentiments des gens de son pays, en prenant comme modèle des femmes de nos villages, concernées par tous ces deuils et ces drames, qu’Emile Mompart va créer une œuvre profondément authentique. Son œuvre touche et parle au cœur de tous. Ainsi le monument de Lavercantière, devenu un symbole du mouvement pacifiste : la statue d’une femme mère éplorée, tête baissée, regarde à ses pieds la longue liste des enfants du pays disparus d’où émergent deux figures de soldats, le père et le fils, elle murmure une plainte : « paours drôles » (pauvres enfants). En 1929, la commande publique sur fond de crise financière se fit de plus en plus rare, alors le temps des monuments s’estompa. De plus, Emile devenu au fil du temps insuffisant respiratoire (suite à ses blessures de guerre) est fatigué par son travail, il doit trouver une solution pour faire vivre une famille déjà nombreuse. En 1930, il se dirige alors vers l’enseignement où son savoir, sa culture et son humanisme le portaient naturellement. C’est dans l’enseignement technique, à l’école artisanale de Souillac, qu’il enseignera le métier et l’art de sculpter et tailler la pierre. C’est là, dans cette fonction d’enseignant pendant la seconde guerre mondiale qu’il vivra le climat malsain de l’occupation (collaboration, délation, déportation, diffamation). Emile résistera au système en place. Il continuera à dispenser son enseignement mais n’acceptera pas le travail obligatoire en Allemagne pour ses élèves apprentis. Il participera à l’organisation d’un réseau en lien avec la résistance locale, pour permettre aux jeunes d’éviter le STO Il mettra son talent de sculpteur au service de la résistance en gravant un tampon dans une pièce de monnaie, pour faire de faux laissez-passer. Prévenu à temps par un élève il échappera à la rafle du réseau Haure Placé de l’école d’apprentissage de Souillac et se réfugiera dans les falaises de Saint Sozy avec certains élèves réfractaires. Emile avait bien sûr gardé une activité artistique importante : il passait sont temps libre et ses loisirs à peindre les beautés du monde qui l’entourait, paysages, scènes de vie de village en y mêlant parfois ses souvenirs d’enfance. Il garda cette passion toute sa vie. En 1946, Emile Mompart est nommé professeur à l’Ecole normale d’apprentissage de Nantes où il formera des professeurs de l’enseignement technique. Cette nomination avait créé des jalousies ; en son absence toutes ses peintures seront vandalisées et déchirées dans sa maison de Souillac. Cet acte le blessera profondément ! Emile Mompart était un pédagogue né, il savait valoriser pour intéresser et transmettre son savoir dont le champ était vaste. Il marquera tous ceux qui ont eu la chance de le connaître, de bénéficier de son enseignement, de ses discussions, de ses rencontres ! Il finira sa carrière au lycée de Gourdan-Polignan près de Montréjeau, face aux Pyrénées, recherchant toujours l’air pur qui lui manqua toute sa vie, il s’éteindra en 1972 à 74 ans. Homme tolérant, modeste, fuyant les mondanités, dégageant une autorité naturelle, il aimait la vie et les rapports humains, mais il savait défendre une idée qu’il pensait juste sans faire de concession. Restant en dehors des idées reçues et des solutions faciles, fuyant les dogmes, il pensait librement ! Je félicite les élèves et les enseignants d’avoir fait le choix d’Emile Mompart ! Notre collège de Salviac, soyons-en sûrs, va porter le nom d’un grand artiste, d’un homme digne, ouvert et généreux qui d’un bout à l’autre de son parcours a illustré une grande indépendance d’esprit. Son œuvre pacifiste majeure, qui a imprégné le paysage de la Bouriane, est unique en France, elle est aujourd’hui de plus en plus reconnue. Ainsi Emile Mompart, prophète en son pays en rejetant la guerre et ses conséquences, en valorisant la paix, est rejoint aujourd’hui par le sentiment général des français et des européens : plus jamais ça ! » Alain Faucon

A ce discours il faut ajouter l’hommage plus intime rendu au sculpteur par son fils André, dont voici des extraits : …..Quel sera l’avenir de nos enfants, de ces élèves qui vont sortir de l’école ? J’espère que l’exemple d’Emile Mompart leur donnera du courage pour lutter dans la vie qui les attend.

Il est né le 3 mai 1898 à Salviac, dans une famille de maçons-tailleurs de pierre de père en fils, fiers de leur métier, qui sifflaient dans la rue et chantaient en travaillant ; sans être riches ils survivaient avec le fruit de leur travail, il faut dire qu’à cette époque-là le travail ne manquait pas…les travaux des champs, le bois qu’il fallait couper pour se chauffer, les pierres qu’il fallait extraire pour bâtir granges et maisons, les battages du blé, les vendanges, la cuisine et les travaux ménagers pour les mères de famille et leurs filles. …il a grandi dans la campagne salviacoise, au milieu des champs et des pierres, entouré de son père Victor, de sa mère Noémie, sa soeur Suzanne, avec parmi tous ces hommes certains Compagnons du Tour de France qui seront ses éducateurs…cette enfance Emile ne l’oubliera pas, on retrouvera dans ses œuvres, peintures et sculptures, le côté humain, parfois douloureux, de la vie…L’histoire de la construction de l’église de Cazals où son grand-père, dit « le Jean de Bernard » perdit la vie avec 5 ouvriers, à la suite de l’effondrement d’un échafaudage affouillé par les eaux d’un orage…On construisit beaucoup d’écoles, Victor et ses ouvriers bâtirent celle de Salviac, l’école de Saint-Médard Catus, le collège de Gourdon, de Prayssac, de nombreux caveaux, des maisons, des granges, lavoirs, ponts, aqueducs et bornes kilométriques… Un élève du collège m’a posé cette question : « pourquoi lui ? ». Très bonne question ! répondre « parce qu’il est né ici » ne serait pas suffisant.
-  Parce qu’il était sculpteur, peintre, musicien, artiste
-  Parce qu’il a sculpté des monuments aux morts, alors qu’il savait sculpter autre chose, ce n’est pas suffisant non plus aux yeux des enfants d’aujourd’hui ;
-  Parce qu’il est devenu professeur ? Pourquoi pas banquier ?

A toutes ces questions Emile aurait répondu : « si j’ai eu ce don d’artiste sculpteur, je n’ai rien demandé, un autre aurait pu l’avoir à ma place ! » Quand on lui demandait pourquoi il ne signait pas ses œuvres, il haussait les épaules, il disait en riant : « beaucoup d’imbéciles ont signé les leurs ! »

…Si Emile Mompart était là aujourd’hui, il vous dirait : « plus de monument, plus de croix ». Dans ses dernières volontés il a dit : « on porte sa croix toute sa vie, je n’en veux pas sur mon ventre quand je serai mort ! »…



Site réalisé en SPIP pour l'AMRF